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Je ne veux pas parler de moi, et cependant, dans un acte de ma vie si important, quand il s'agit de régler les destinées futures de la jeunesse française, dont le sort m'a occupé tant d'années, j'aurais bien le droit de le faire. Je ne le ferai pas; mais, après avoir parlé à la gauche, après avoir parlé à la droite, je m'adresse à ces hommes qui m'ont suivi dans ma carrière, qui ont partagé mes opinions, toutes mes opinions, et que j'ai vus quelquefois soucieux du projet que nous apportions, ne le connaissant pas encore, et qui, cependant, amis passionnés de l'ordre, faisaient un sacrifice à cette cause sacrée de l'ordre. Oui, Messieurs, cette cause est sacrée, elle doit l'être pour tout le monde; l'ordre contient la patrie tout entière, sa grandeur, son avenir, tout ce qui nous est le plus cher; ce mot d'ordre, ne le prenez pas pour un ennemi, c'est le seul mot qu'on puisse prononcer aujourd'hui. Or, au nom de cet ordre, auquel il s'agissait de faire un sacrifice, je les ai vus, ces hommes dont je parle, se demander, après avoir entendu répéter tant de fois que la conciliation était impossible, si elle était possible en effet.

Eh bien, oui, Messieurs, dans le temps où nous vivons, temps si difficile, si mêlé d'imprévu, prévoir, prédire, est une grande témérité; je ne voudrais rien prédire, et cependant j'y crois à cette conciliation, j'y crois, parce qu'en vivant un an entier avec les représentants des intérêts divers, en lisant dans leur cœur, dans leur esprit, j'ai vu qu'il était possible de se con

certer, de s'entendre, de faire cesser des guerres déplorables entre amis communs de la société; j'ai éprouvé par moi-même qu'il était possible de s'entendre, et je suis convaincu que cela se peut.

Je vous appelle tous à considérer un fait, un grand fait. On dit : La guerre continuera. Elle a cessé, elle n'existe plus; il y a deux ans que le clergé et l'Université ne combattent plus. Qu'est-ce qui a fait cesser la guerre? Le voici : D'un côté les grands intérêts qui doivent réunir tous les honnêtes gens, en présence des dangers qui nous menacent, et, de l'autre, la certitude, en lisant votre Constitution, que ce qu'ils désirent ne peut leur être refusé. Savez-vous ce qu'il faudrait pour faire renaître la guerre? Il faudrait refuser la loi; je ne dis pas tous les détails, mais le principe de la loi.

On a quelquefois dit : L'Université, c'est la philosophie; l'Église, c'est la religion. Eh bien, moi, et je vous fais connaître ici tout le secret de mes sentiments, je crois, j'espère qu'on peut faire vivre ensemble la religion et la philosophie.

J'ouvre l'histoire du monde, et je vois ces deux grandes puissances, la religion et la philosophie, se combattre souvent, puis faire la paix, après avoir combattu. Je les vois se combattre lorsque quelque grande question s'élève, qui remue à la fois le cœur et l'esprit humain; mais je vois qu'après ces luttes, elles y ont, en général, plutôt gagné que perdu. La religion, cette puissance auguste, permettez-moi de le dire, y a ga

gné un peu de savoir humain; la philosophie y a gagné le respect des choses sacrées. (Bravo! Très bien! Très bien!) Elles se sont rapprochées, et je n'ai jamais vu, en prenant, non pas l'histoire factice faite par les partis, mais l'histoire vraie, je n'ai jamais vu que l'une ou l'autre eût succombé, fût morte. Ce sont deux sœurs immortelles, qui ne peuvent pas périr! La religion et la philosophie sont nées le même jour, le jour où Dieu a mis la religion dans le cœur de l'homme et la philosophie dans son esprit; il faut qu'elles vivent ensemble, immortelles, l'une à côté de l'autre, qu'elles ne se séparent pas, et que, dans les temps d'épreuve, elles cherchent à se rapprocher plutôt qu'à se détruire. C'est mon vou; je crois qu'il est réalisé dans la loi.

(De vifs applaudissements éclatent sur les bancs de la droite. L'orateur reçoit de nombreuses félicitations.)

CLX

RAPPORT

FAIT

AU NOM DE LA COMMISSION

DE L'ASSISTANCE ET DE LA PRÉVOYANCE

PUBLIQUES

LE 26 JANVIER 1850

A L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

L'Assemblée législative avait nommé une commission1 à l'effet d'examiner les propositions et questions concernant la charité, la bienfaisance, et tous autres moyens de venir en aide aux classes pauvres et laborieuses, dans les diverses phases de la vie, l'enfance, l'âge mûr, la vieillesse. En décidant que chacun des systèmes d'assistance étudié par elle serait l'objet d'un rapport spécial, cette commission avait pensé cependant que ses recherches, travaux et conclusions, gagneraient en clarté s'ils étaient résumés dans un rapport d'ensemble où seraient aussi exposés les vues et principes qui l'avaient dirigée, et la rédaction en fut confiée à M. Thiers.

1. Cette Commission se composait de MM. Piscatory, Proa, SavatierLaroche, Levavasseur, de Melun (Ille-et-Vilaine), de Riancey, de Rémusat, de Lespinay, de Melun (Nord), Cordier, Corne, Berryer, Coquerel, Lequien, Parisis, Béchard, Louvet, Noailles de Mouchy, de Montebello, Callet, De Sèze, Godelle, de Montalembert, Arago (Emmanuel), Raudot. Buffet, Ancel, Dupin (Charles), de Beaumont (Gustave), Thiers.

VIII.

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