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proximité de la capitale, avec un phalanstère tout construit. Cette proposition fut accueillie avec une certaine hilarité. M. Victor Considérant accumula pour la justifier, toutes les théories de son maître, attraction, travail attrayant, etc. Moins exclusif, au reste, que d'autres inventeurs, M. Considérant réclamait pour toutes les autres fantaisies socialistes, Banque du peuple, Icarie, Triade, le bénéfice d'expériences semblables. Le budget de l'État serait chargé de subvenir aux entreprises de tous les rêveurs qui imagineraient un nouveau mécanisme social. A l'exemple de M. Proudhon, M. Considérant faisait son testament politique. S'il échouait, il déclarait consentir à être envoyé à Charenton.

Seul M. Desjobert crut devoir répondre au disciple de Fourier : l'honorable représentant contesta que ce fût un bon emploi de l'argent des contribuables que de le jeter ainsi en holocauste à ces réformateurs de toute espèce: toutes ces sommes, à son avis, iraient rejoindre l'argent dépensé par M. Cabet en Icarie, par M. Proudhon dans la Banque du peuple, par les fouriéristes euxmêmes dans les différents essais qu'ils avaient tentés, notamment à Condé-sur-Vesgre et à Citeaux. Mais ce qui touchait surtout M. Desjobert, c'était l'encouragement qu'on donnerait ainsi à des doctrines qui portent atteinte aux principes fondamentaux de la société, aux lois essentielles de la morale. Il suffit à l'orateur de citer quelques écrits de l'école phalanstérienne sur la propriété et la famille. Certaines théories plus ridicules encore qu'immorales sur le mariage rappelèrent involontairement aux auditeurs le genre d'expiation auquel le réformateur se condamnait lui-même à l'avance, en cas d'insuccès (14 avril).

C'est ainsi que les novateurs se chargeaient eux-mêmes de démontrer ou le ridicule, ou l'impuissance de leurs doctrines. Mais, dans les bas-fonds de la société, ces attaques incessantes contre l'ordre établi, ces promesses illusoires d'un avenir de bonheur et de jouissances enfantaient des haines sauvages et de monstrueuses espérances. Le socialisme pratique répondait aux rêveurs par le cri de Vive la guillotine! Dans les Pyrénées-Orientales, les maximes du droit au travail étaient appliquées par des bandes de malfaiteurs. En haut, d'inoffensifs rêveurs en bas, des malheureux démoralisés prêts à traduire les théories d'une façon san

glante; à côté, enfin, et plus coupables que tous les autres, des hommes de parti prompts à profiter de toutes les passions, à exploiter tous les prétextes au profit de leur ambition. Tel était le tableau que présentait la société française au moment où, sur un prétexte nouveau, la démagogie fit contre l'ordre une nouvelle tentative.

CHAPITRE XIV.

ROME A PARIS.

La question d'Italie, proclamation de la République à Rome, fuite du pape, interpellations de M. Ledru-Rollin, M. Drouin de Lhuys repousse toute solidarité avec la République romaine, déclaration politique. — Interpellations nouvelles, MM. Buvignier et Ledru-Rollin; politique rétrospective, MM. de Lamartine, Cavaignac, Emmanuel Arago, ordre du jour pur et simple.

Marche rapide des faits en Italie, chute de S. M. Charles-Albert, rôle de la France dans les négociations, résolution du comité des affaires étrangères, MM. Billault et Ledru-Rollin, M. Jules Favre demande un vote d'énergie, ordre du jour de M. Flocon, l'ordre du jour pur et simple repoussé; nouveaux débats rétrospectifs, MM. Ledru-Rollin, Cavaignac et Thiers, la guerre et la paix, amendement de M. Payer, adoption. — Demande d'intervention, protestation de MM. Ledru-Rollin et Emmanuel Arago, l'intervention décidée, sa signification. - Départ des corps expéditionnaires, occupation de Civita-Vecchia, échec sous Rome, interpellations de M Jules Favre, il blâme le ministère et demande un acte de vigueur, déclaration et explications ministérielles, ordre du jour de la commission, documents étranges communiqués par M. Flocon, adoption de l'ordre du jour motivé. - Sens de ce vote, qu'y a-t-il à faire? envoi de M. de Lesseps, difficultés de la négociation; lettre de M. le président de la République au général Oudinot; demande de mise en accusation du président de la République et des ministres, demande de reconnaissance de la République romaine, M. Ledru-Rollin, ordre du jour du général Changarnier, insultes à l'armée; ordre du jour pur et simple; la mise en accusation repoussée; les Romains de Paris.

Les questions extérieures, questions d'influence et de légitime amour-propre national, ont, surtout en France, le privilége de passionner les masses. Aussi l'abaissement de la France avait-il été une des machines les plus ordinaires de l'opposition sous la

monarchie aussi la Pologne avait-elle été le prétexte du 15 mai. L'Italie devait servir de prétexte à une nouvelle journée.

On verra plus loin (Italie) quelle récompense la démocratie italienne préparait au premier pape dont le nom ait patroné dans le monde les idées de liberté. Déjà, on se le rappelle, le Gouvernement du général Cavaignac avait annoncé hautement une intervention en Italie. (Voyez l'Annuaire précédent, p. 588.) La nouvelle de la proclamation de la République à Rome et de la fuite du pape à Gaëte vint, dans les premiers jours de l'année, rendre cette intervention plus nécessaire encore. Quant à l'opposition radicale, elle s'empressa de prendre position par des interpellations adressées au ministère et d'établir une prétendue solidarité entre l'insurrection romaine et la révolution de Février (21 février).

M. Ledru-Rollin s'en chargea. « Le pape a été chassé de la ville éternelle; comme prince temporel, il est frappé de déchéance, et la Constituante romaine a proclamé la République. Voilà de bonnes nouvelles!» s'écriait M. Ledru-Rollin, et il demandait aux ministres s'ils étaient, comme lui, disposés à monter au Capitole, ou bien s'il serait vrai que, par une coupable connivence, ils fussent sur le point de tolérer une expédition qui serait dirigée sur la Romagne par le roi de Piémont, pour rétablir le souverain pontife dans sa puissance temporelle, pendant que les escadres combinées de la France et de l'Angleterre surveilleraient les patriotes italiens dans les eaux de Gênes et de Civita-Vecchia. M. Drouin de Lhuys répondit que le Gouvernement ne dirait ni ce qu'il proposerait, ni ce qu'il ferait plus tard, mais que, dès à présent, il pouvait déclarer qu'il ne regarderait jamais la République française comme solidaire de toutes les républiques qui croiraient devoir se proclamer. Cela dit, M. le ministre des Affaires étrangères, sans contester les droits de la population de l'État romain, sans aggraver, par aucune parole imprudente, la situation du pape, marqua nettement les difficultés de la question. C'était le double caractère de Pie IX, comme prince temporel de Rome, comme chef spirituel de l'Église, qui créait ces difficultés. A titre de prince qu'il eût perdu sa couronne, nul Gouvernement étranger, sans doute, n'avait rien à y voir; mais

le souverain pontife doit être libre, et la catholicité entière est intéressée à ce que cette liberté soit réelle et notoire. Comment concilier ces deux intérêts? Là était le problème, là se rencontraient à la fois et les droits et les périls d'une intervention. M. le ministre des Affaires étrangères était d'avis que la meilleure solution serait celle qui ferait vivre dans un mutuel accord le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel dans la vieille capitale du monde chrétien. Dans tous les cas, il réservait pour la France toute sa liberté d'action; il demandait que, lorsqu'elle aurait une résolution à faire prévaloir, elle prît son jour, son heure, sans attendre le mot d'ordre des factions qui agitaient l'Italie. Ce jour-là, il consulterait l'Assemblée, il viendrait demander hautement son concours et son adhésion. M. Ledru-Rollin répliqua avec peu de bonheur et amena à la tribune M. Coquerel qui, tout en restant protestant, sut s'associer généreusement aux sympathies du monde catholique. « Savez-vous, s'écria-t-il, qui vient d'être expulsé par les ingrats Romains? Ce n'est pas seulement le pape, c'est le premier ami des libertés italiennes? >> L'orateur finit en ajoutant que la République française ne pouvait être solidaire d'une république qui avait débuté par deux crimes.

Tel fut le premier engagement sur la question italienne.

Une seconde passe d'armes, tout aussi inutile, mais plus brillante, s'ouvrit, le 8 mars, par des interpellations nouvelles de M. Buvignier. L'auteur des interpellations dénonça violemment les projets des royautés coalisées du Nord contre l'indépendance italienne et peut-être contre la République française.

M. Ledru-Rollin reprit le même thème, mais avec plus de modération et d'éloquence. Ce qu'il y avait de commun aux deux discours, c'était cette idée que, par son vote du 24 mai 1848, l'Assemblée s'était engagée à soutenir toutes les républiques qui pourraient éclore dans le monde.

Un mot de M. Ledru-Rollin, s'étonnant d'être seul à défendre la politique du Gouvernement provisoire, amena à la tribune M. de Lamartine. A travers mille contradictions, l'illustre orateur, tout en louvoyant entre les politiques les plus contraires, sans en adopter aucune, parut toutefois protester contre l'inter

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